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L'expert du trimestre : 3 questions à Estelle Assaf

Mis à jour : il y a 3 jours

Chaque trimestre, dans Good Vibes, notre newsletter, Sociacom interroge un spécialiste sur son domaine de prédilection. État du secteur, perspectives, conseils, nous donnons la parole aux pros.

Trois questions à Estelle Assaf, Directrice du Développement et de la Valorisation de l'Institut Mines-Telecom Business School


En quoi cette année scolaire est différente des autres pour votre organisation, les étudiants et l’enseignement supérieur en général ?

La situation sanitaire actuelle donne à nos étudiants, comme vous l'entendez chaque jour aux actualités, une rentrée très spécifique, inédite même.


Nous avons travaillé d'arrache-pied cet été avec les équipes pédagogiques pour préserver autant que possible un minimum de cours et d'activité en présentiel. Nous savons que la vie de campus, les interactions entre les étudiants de nos deux écoles (IMT-BS partage son campus avec l'école d'ingénieurs Télécom SudParis) et les activités associatives, participent de leur formation et de leur professionnalisation.

Nous avons donc opté pour un format pédagogique hybride : les cours magistraux ou théoriques en distanciel et un maximum d'activités en petits groupes ou en mode projet en présentiel.

L'autre spécificité est le rapport au parcours international : beaucoup d'incertitudes subsistent et empêchent nos étudiants de se projeter sur des projets concrets, que certains nourrissent depuis leur entrée à l'école. Etant donné la situation sanitaire de certains pays, ou l'absence de modalités pédagogiques en distanciel de certaines universités étrangères, plusieurs destinations sont remises en question, malheureusement. Mais nos équipes sont là pour orienter au mieux les étudiants et trouver une compensation.

Comment ces changements peuvent-ils être positifs et durables dans le temps ?

Enseigner en distanciel est très formateur. Beaucoup de managers dirigent leurs équipes à distance. Cela a été mon cas longtemps quand je travaillais chez Orange Business Services, avec des collaborateurs aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en Suisse. C'est la vie réelle dans les entreprises, aujourd'hui, et on voit que cela sera encore plus le cas désormais en France, avec le confinement que nous avons vécu.

Nos étudiants apprennent aussi à grandir grâce à cette expérience et à «lâcher» le réflexe scolaire habituel d'être dans une classe avec un professeur qui leur fait cours. Cette situation inédite nous pousse aussi à remettre en question notre rapport au monde, ce «village global» comme on le considérait.

Avant, nos étudiants se disaient que ce qui se passait en Chine concernait la Chine, et qu'ils étaient peu touchés, comme distants. Aujourd'hui nous regardons le monde avec des yeux neufs : nous vivons durement depuis janvier les interactions fortes entre les pays, les interdépendances complexes et continues entre les économies. La pandémie nous a montré que notre planète était finalement très petite et que nous sommes tous dans le même bateau.

C'est peut-être aussi pour cela que la conscience écologique s'est développée partout dans le monde depuis.

Que percevez-vous du moral et des perspectives des étudiants ?

C'est très dur et je les comprends. A leur âge, on vit dans le présent et on construit son avenir. Dur en ce moment de relativiser et de temporiser car le présent est contraint et l'avenir est incertain et changeant, sans calendrier qui permette de se projeter. C'est souvent pendant ses études supérieures qu'on construit des amitiés pour la vie entière, qu'on rencontre son compagnon ou sa compagne de vie. Avec un masque et chacun chez soi, hors d'un campus, c'est plus limité. Alors quand en plus les bars ferment, ça complique davantage les choses.

Au-delà de ces considérations personnelles, humaines, nos étudiants s'inquiètent pour leurs perspectives professionnelles : leur capacité à trouver leur stage, leur mission en apprentissage, leur premier emploi. Ce n'est pas la qualité de leur formation qui est remise en question, c'est bien l'offre qui a diminué dans les entreprises. C'est très préoccupant, même si nos étudiants disposent d'un atout important lié à l'orientation très numérique de leur formation.

A l'heure où toutes les entreprises accélèrent leur transformation digitale, c'est un atout majeur.



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